[Sous le pavé de Piketty, 980 pages] N°2 : On a les rentiers qu’on mérite

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Comme ce fut brillamment résumé ici, Piketty ouvre son Capital au XXIème siècle en douchant les derniers espoirs en un retour pérenne à une croissance économique soutenue. L’ouvrage nous éclaire ensuite sur la vrai nature du capital parce que c’est quand même un mot important dans le titre du livre.

La majorité du stock de capital est un capital improductif, la rente immobilière.

Le capital se décompose en terres agricoles, immobilier, capital étranger (la différence entre ce que nous possédons à l’étranger et ce que l’étranger possède chez nous) ; et le reste (noté ‘capital intérieur’ sur le graphique) est composé des actifs financiers (titres, comptes bancaires, fonds de pension) et des actifs productifs (bâtiments et machines, fonds de commerce, brevets…).

Le stock de capital atteint près de 600% du PIB en France, non loin des maximums observés au XIXème siècle.

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Au XIXème siècle, le capital atteint un pic à 700% du revenu national en Europe à la veille de la 1ère guerre mondiale. Ce chiffre de capital exprimé en pourcentage du PIB, est essentiel pour expliquer la répartition entre revenus du capital et revenus du travail. En effet, si on suppose un rendement du capital constant à 5%, avec un stock de capital à 600% du PIB comme aujourd’hui, les revenus du capital atteignent alors environ 30% du PIB (= 5% * 600%). Avec un stock de capital à 240% comme en 1945, les revenus du capital atteignent seulement 12% du PIB !  C’est ce que Piketty nomme la 1ere loi fondamentale du capitalisme: à rendement du capital constant, plus il y a de capital, plus la part des revenus du capital augmente au détriment des revenus du travail.

Inside Views @ Floriane de Lassée

Dès la fin de la 1ère guerre mondiale, ce ratio capital/revenu s’effondre pour plusieurs raisons. La perte des empires coloniaux, mais aussi la faillite de la Russie (les fameux emprunts russes) fait disparaître le capital étranger qui atteignait près de 150% du PIB en 1914 en Grande-Bretagne. La fin de la société agricole pour une société urbaine et industrielle fait s’effondrer les prix des terrains agricoles et de la rente foncière. Les pertes dues à la guerre et le recours au papier monnaie et à l’inflation achèvent le processus. Le rapport capital/revenu atteint un point bas en 1945 à 240% et a donc été divisé par 3 depuis les niveaux observés du XIXème siècle.

Depuis 1970, une remontée spectaculaire de ce ratio capital/revenu intervient sur fond d’obsession de la maitrise de l’inflation et de flambée immobilière, atteignant 600% à 700% dans la plupart des pays développés. Ainsi, au XXIème siècle, la rente agricole du XIXème siècle a été remplacée par la rente immobilière. L’immobilier représente aujourd’hui plus de 400% du PIB en France et la part des loyers dans le PIB plus de 12% du PIB. Nous sommes loin de l’image du capitaliste entrepreneur qui investit dans l’économie productive et prend des risques.

D’ailleurs, les politiques ne s’y trompent pas. Quand on regarde les déclarations de patrimoine de nos ministres, ceux-ci sont quasi-exclusivement composés d’immobilier, et aucunement de capital productif.

Tous cela n’est guère réjouissant pour l’ascenseur social en panne de nos sociétés d’autant que l’auteur se livre ensuite à des prophétie qui ont bigrement la gueule de celles auto-réalisatrices des marchés et que l’on peut découvrir ici afin de mieux choisir ses amis.

Rappel de la série: pour que vous puissiez briller dans les dîners en ville et en famille de cette fin d’année, votre dévouée Céline Trèfle vous a mâché le travail, l’a lu, annoté, digéré, et vous a concocté une série de posts qui, s’en prétendre à l’exhaustivité, offre un panorama du best-seller économique de l’année. Les épisodes:

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°0: Tout comprendre et en débattre sans l’avoir lu

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°1: Qui a crû croîtra ?

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°2 : On a les rentiers qu’on mérite

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°3 : L’accumulation en chaîne

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°4 : Dette publique, rente privée

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°5 : Rentrée des classes, personne n’a la moyenne

Sous la pavé de Piketty, 980 pages – N°6 : Les 1% qui se voulaient plus gros que le boeuf

Sous la pavé de Piketty, 980 pages – N°7 : L’économie est une science modeste, r > g => i

Sous la pavé de Piketty, 980 pages – N°8 : Le dilemme du Rastignac 2.0

11 Comments [Sous le pavé de Piketty, 980 pages] N°2 : On a les rentiers qu’on mérite

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  10. Andrey

    Bla bla bla……. Identify 5 large and long term strategic prjcoets and seek investments from the same countries that wish a share in our resources in the form of an energy bond.Countries could transfer those bonds to private companies and based on their equity they will receice a %.As for what kind of prjcoets I am talking about, “the Greej-Roumanian Canal”..NANot an economist

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