[Sous le pavé de Piketty, 980 pages] N°3 : L’accumulation en chaîne

[Sous le pavé de Piketty, 980 pages] N°3 : L’accumulation en chaîne

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Alors pour résumer les épisodes précédents, Thomas Piketty trouve que le capital est une grosse feignasse, ce que l’on peut lire avec des mots mieux choisis ici. Et demain ?

Sur le long terme, avec une croissance faible et une population vieillissante, qui épargne, l’accumulation du capital va s’accélérer inexorablement, voire exploser si la croissance est nulle.

Sur le long terme, le capital en pourcentage du PIB doit converger vers le taux d’épargne divisé par le taux de croissance. Piketty appelle cette relation la 2ème loi fondamentale du capitalisme, qui contrairement à la 1ère est un équilibre de long terme, le résultat d’un processus dynamique.

Prenons un exemple proche du cas européen actuel pour comprendre le mécanisme. Si le stock de capital représente 600% du PIB,  et que le taux d’épargne est égal à 12% (comme à peu près actuellement en Europe), alors le stock de capital croit de 2% par an (12% est égal à 2% de 600%). Si la croissance est inférieure à 2%, les revenus croissent moins vite que le stock de capital, l’accumulation du capital est enclenchée. Au contraire, si la croissance est supérieure à 2%, les revenus croissent plus vite que le capital, le stock de capital en % du PIB diminue. Si la croissance est égale à 2%, les revenus comme le capital croissent au même rythme et le stock de capital en % du PIB est constant.

Cette relation d’équilibre ne se vérifie pas à tout moment mais représente un point de convergence à long terme. En d’autres termes, cette loi affirme que :

Dans une économie en stagnation, les patrimoines issus du passé prennent une importance démesurée, et ce phénomène s’amplifie avec un taux d’épargne élevé, puisque le capital progresse plus vite que les revenus du travail.

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A court terme, la valorisation du capital dépend certes des anticipations des agents sur les bénéfices futurs, engendrant parfois des phénomènes de croyance auto-réalisatrices et des bulles. C’est le cas du Japon dans les années 80, de la bulle internet dans les années 2000… Cependant au delà de ces variations erratiques, la tendance depuis 40 ans est bien à la hausse continue du stock de capital, qui est passée de 200% / 300% du PIB dans les années 70 à près de 600% / 700% du PIB aujourd’hui  en Europe!

Ce mouvement s’explique en partie par un phénomène de rattrapage de valorisation des actifs financiers et immobiliers notablement sous-évalué après-guerre (suite aux destructions matérielles et financières de la guerre), mais il s’explique surtout par une hausse du taux d’épargne couplée à une baisse de la croissance.

C’est pourquoi, les pays qui ont le plus fort taux d’épargne ou/et une croissance durablement faible ont vu leur stock de capital exploser (Japon, Italie à 700%), davantage que les pays qui épargnent moins (Etats-Unis à 400%).

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Dans l’avenir, avec une croissance structurellement en baisse, et une population vieillissante, ce phénomène risque de prendre une ampleur considérable. Pour donner un ordre de grandeur, avec une croissance à 2%, un taux d’épargne à 12%, alors le capital converge vers 600% du PIB (12%/2%=6). C’est le cas actuel  en Europe. Par contre si la croissance tombe à 1%, alors le capital pourrait grimper progressivement vers 1200% du PIB !

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Les rentiers sont donc pire que les chats, ils dépensent leur pognon au baby-foot, ils passent leur temps à fumer des pétards et à grimper au plafond. Et le temps joue pour eux ! Et qui c’est-y qui paye ? Notre série nous le rappelle ici.

Rappel de la série: pour que vous puissiez briller dans les dîners en ville et en famille de cette fin d’année, votre dévouée Céline Trèfle vous a mâché le travail, l’a lu, annoté, digéré, et vous a concocté une série de posts qui, s’en prétendre à l’exhaustivité, offre un panorama du best-seller économique de l’année. Les épisodes:

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°0: Tout comprendre et en débattre sans l’avoir lu

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°1: Qui a crû croîtra ?

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°2 : On a les rentiers qu’on mérite

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°3 : L’accumulation en chaîne

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°4 : Dette publique, rente privée

Sous le pavé de Piketty, 980 pages – N°5 : Rentrée des classes, personne n’a la moyenne

Sous la pavé de Piketty, 980 pages – N°6 : Les 1% qui se voulaient plus gros que le boeuf

Sous la pavé de Piketty, 980 pages – N°7 : L’économie est une science modeste, r > g => i

Sous la pavé de Piketty, 980 pages – N°8 : Le dilemme du Rastignac 2.0